Mardi, les ASCT de l'ECT de Toulouse, résidences Toulouse, Montauban, Tarbes, Foix, Rodez et Capdenac, ont quasi majoritairement cessé le travail en exerçant leur droit de retrait. Ou dépôt de sac comme on dit dans le jargon. Pour eux, l'agression survenue lundi soir à bord du TER 870066 Toulouse 21h15/Carmaux 22h36 était celle de trop. Le vase, déjà bien rempli, a débordé. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils ont su rester très tenaces face à leur direction, mise en difficulté car prise entre le marteau (direction régionale) et l'enclume (les ASCT et les OS)

A 10h15, plusieurs dizaines d'ASCT en colère ont envahi un CHSCT extraordinaire. Un énième CHSCT sur les questions de sûreté sur les lignes TER Midi Pyrénéens. Disons-le, depuis début novembre, les élus CHSCT ne chôment pas et ne comptent plus leurs heures passées à rédiger des préconisations, partagées par la direction, et des PV de séance. Et ils réalisent un travail remarquable. En l'espace de 18 jours, cinq agressions ont été relevées, dont quatre physiques. Une dégradation vertigineuse de la sûreté sur l'étoile ferroviaire de Toulouse est constatée. Et malgré la hausse du nombre d'agressions, la direction persiste dans son démantèlement d'effectifs et la déshumanisation.

La veille au soir, un ASCT, décrit comme un bon gaillard, a donc été agressé dans le TER 870066. Reconnu comme sensible, ce TER avait été le théâtre d'une autre agression le 3 novembre 2016. Une ASCT avait été giflée et bousculée par trois individus. Elle en a ultérieurement reconnu deux parmi eux. Lundi soir, l'ASCT agressé a été pris à partie par deux jeunes femmes en situation irrégulière qui lui ont lancé un projectile, esquivé, et qui ont tenté de lui attraper les bras en le molestant. Elles seraient descendues à St Sulpice sur Tarn. Mais auraient vraisemblablement appelé des amis qui attendaient le TER en gare suivante afin d'en découdre avec l'ASCT. Ayant compris la situation, l'ADC n'a pas ouvert les portes et est reparti. Un réflexe qui a probablement évité une agression plus grave. L'ASCT agressé a été pris en charge. Il a déposé plainte et s'est vu prescrire une quinzaine de jours d'accident du travail.

Quelques jours auparavant, les élus avaient prévenu que les agents de l'ECT en avaient par dessus la tête des agressions. La direction a eu l'occasion de s'en rendre compte. Comme nous le disions, un rassemblement d'ASCT mixtes TER et TGV, militants syndicaux ou non, ont envahi la séance CHSCT et ont pris la parole devant un direction mal à l'aise. Une direction qui condamne les agressions mais qui n'a rien annoncé de concret. Après presque 1h30 d'échange, les ASCT sont redescendus et ont dialogué avec leurs représentants du personnel. La décision est tombée vers 11h30: droit de retrait, immédiatement suivi par la majorité des ASCT toutes résidences et toutes activités de Toulouse. 

Branlebas de combat à la direction régionale. Qui a mis tout en œuvre afin d'assurer un plan de transport minimum, comptabilisant le nombre de cadres volontaires pour faire de l'accompagnement sur les TER pendant que les RET étaient envoyés sur les TGV et les intercités. Mais en même temps, la direction régionale a demandé aux ASCT de reprendre le soir même à 16h faute de quoi elle mettrait... des sanctions ! Oui, vous avez bien lu. Des sanctions pour des salariés qui osent arrêter d'exercer leurs missions suite à un trop plein d'agressions ! Mais la menace de la direction régionale est restée vaine. Le ras le bol des ASCT a pris le dessus. Ils ont décidé de continuer de rester unis et de se liguer contre une direction totalement déconnectée de la réalité du terrain et qui rejette les problèmes ailleurs. Un phénomène de société, pour reprendre le célèbre terme générique. 
En soit, le droit de retrait n'a pas déclenché de coup de colère général des usagers, plutôt compréhensifs contrairement à ce que l'on peut constater sur d'autres régions (PACA et IDF)

Le mardi soir et la nuit suivante, les ASCT en situation de droit de retrait étaient soutenus par d'autres ASCT en repos ou ayant déjà fini leur journée, mais qui avaient décidé de rester sur place. Le directeur d'établissement, en déplacement la veille, est arrivé tôt le mercredi matin pour étudier la situation. Pendant ce temps, les agents en droit de retrait et restés dans les locaux (comme le veut la loi) ainsi que les représentants du personnel présents depuis le petit matin ont été sommés de quitter les lieux car ils étaient "en absence irrégulière" Or, les lois définissant le droit de retrait indiquent bien que le salarié doit rester sur son lieu de travail; résidence ASCT ou ECT dans ce cas. La sommation est restée vaine.

Réunis à 8h30 avec leurs élus, les ASCT ont discuté et ont décidé de maintenir leur action. La direction de l'ECT apparaissait d'une part moins sereine et d'autre part moins clémente. « On nous a dit que le droit de retrait n'est pas un moyen de revendication légal et a invité les OS à déposer une DCI », nous dit Norman *; ASCT sur les TER, excédé par la situation. Mais là encore, ça n'aura pas suffi à contraindre les ASCT à reprendre le travail. Du côté des ADC, certains d'entre eux ont reçu des "mises en demeure" de partir seuls en EAS. Aucun, ou très peu, n'a accepté de partir dans de telles conditions. Et, autre mauvaise surprise pour la direction, les mises en demeure adressées aux ASCT n'ont pas non plus eu d'effet. « La direction en a distribué une petite quarantaine », nous précise une source syndicale.
Dans la matinée de mercredi, les ASCT ont eu de nouveaux échanges houleux avec leur direction, qui continuait son chantage aux sanctions. Un des cadres a été surpris à manifester des réactions plutôt nerveuses. La direction a néanmoins écouté les agents en colère, certains s'exprimaient avec véhémence. La direction a fini par garantir des débuts d'avancées. Vers 12h, les ASCT parlaient ainsi de reprendre leurs fonctions. Une reprise officialisée vers 14h avec une fin de perturbations en soirée. Une dizaine d'entre eux voulaient continuer. Mais après quelques minutes de réflexion, ils ont finalement suivi la majorité de collègues qui se rendaient tour à tour à la CPST chercher une commande.

L'action aura duré un peu plus de 24h. Lors des échanges, des ASCT qui se font habituellement discrets n'ont pas hésité à prendre la parole et à exprimer leurs craintes et leur ras le bol autour des agressions. L'action de protestation des ASCT a permis d'obtenir un agent B sur le 870066 et un dispositif SUGE renforcé sur l'accueil de ce TER. La CPRS prévue sera tenue dans les plus brefs délais. Des renforts SUGE seront déployés sur les lignes d'Albi et de Montréjeau, mais la SUGE manque d'effectifs et nul ne sait si l'engagement pourra être tenu. L'UNIR sera sur la région dans une quinzaine de jours, mais la durée de leur intervention n'a pas été précisée. Une école de 7 ASCT a bien été confirmée pour février prochain. Un dispositif d'orientation spécial sera aussi organisé en gare de Montréjeau.
Une DCI unitaire devrait être déposée prochainement. Les ASCT sont en tout cas invités à prendre part pacifiquement à la prochaine séance DP qui aura lieu le 1 décembre. 

Sur la région, deux ou trois lignes posent principalement problème. Toulouse/Albi/Carmaux, Toulouse/Montréjeau/Tarbes et Toulouse/Montauban/Agen. 
Sur la ligne de Tarbes, actuellement fermée au-delà de Montréjeau pour cause de travaux (correspondances par autocars), ce sont des élèves de lycées et de CFA, la plupart internes, qui créent des incidents.

Ainsi, le 10 novembre au soir, une centaine d'entre eux se trouvaient en gare de Montréjeau quand un TER entrait en gare. Quelques-uns ont traversé les voies et fait semblant d'être percuté. Croyant avoir réellement heurté un jeune, l'ADC du TER a fini son arrêt au freinage d'urgence et est descendu totalement livide. Il a rapidement été pris à partie, ainsi que ses deux ASCT et l'ASCT du TER qui arrivait peu après à Montréjeau. Tous ont exercé leur droit de retrait et se sont repliés dans un local de service du bâtiment voyageurs. La direction leur avait demandé de ne plus en sortir. Les deux TER qu'ils devaient respectivement assurer en sens inverse se trouvaient en sursis de circulation quand un cadre transport traction sur place a essayé de faire pression pour qu'ils reprennent leurs fonctions malgré un contexte très hostile. Faisant encore malgré tout preuve de sang-froid et de lucidité, les collègues en droit de retrait ont refusé de se conformer à cet ordre, qui n'aurait jamais dû être émis. Finalement, un ADC a accepté de faire un TER pour Toulouse avec, en guise d'ASCT, le cadre transport traction. Le TER a été accompagné par la SUGE. Des renforts de forces de l'ordre ont été déployées en prévention sur les gares desservies sur le parcours. 
Les trois ASCT ont été rapatriés à Toulouse en taxi. L'un a directement repris sa charge de travail et est parti sur Auch. Les deux autres ont été reçus immédiatement par leur direction qui les a interrogés... Avant de les envoyer tous les eux sur le TER 870066 pour Carmaux, qui était déjà connu comme étant sensible. Les deux collègues encore sous le coup de l'émotion ont accepté. Efforçons-nous de ne pas essayer de s'imaginer comment auraient-ils réagi face à une nouvelle situation d'agressivité ! 

Toujours sur la ligne de Montréjeau, le 15 novembre, un ASCT a été frappé de deux coups de poings par un jeune sur le TER 872881 Toulouse 7h41/Montréjeau 9h04. Heureux hasard, un magistrat était présent à bord et a donné l'alerte lui-même. L'agresseur a été interpellé à Labarthe Inard, placé en garde à vue et jugé en comparution immédiate. L'ASCT avait été correctement pris en charge par la direction.

Et le 20 novembre au soir, le TER 872721 Toulouse 20h41/Montréjeau 22h03 fut le lieu d'une situation plutôt originale. Vu sa sensibilité, le TER était accompagné par deux ASCT. Tous deux ont estimé pouvoir s'en sortir avec la petite cinquantaine de passagers au départ de Toulouse Matabiau. Mais le premier passager contrôlé par l'un des deux ASCT était démuni de titre de transport, d'argent et de pièce d'identité et ne s'est pas montré coopératif. Le TER a été retenu à Sainte Agne pour y faire la procédure d'IDT et de RI. Les forces de l'ordre ont été prévenues mais à bord le ton est rapidement monté. L'individu récalcitrant est devenu agressif, insultant et menaçant les ASCT. Des passagers sont alors intervenus à son encontre et ont finalement évacué le passager manu militari ! Suite à quoi le TER a pu repartir, avec un retard de 20 minutes, vers Montréjeau.

Les ASCT sont souvent démunis. « Certains OPJ ont donné des consignes en disant que les demandes de RI et d'IDT pour la SNCF, c'était non, ils n’interviennent plus pour nous. Ou ils font savoir que ça les emmerde », nous informe Norman *. Et qui ajoute qu'il y'a beaucoup de gares ou de haltes dans lesquelles il est quasiment impossible de faire de procédure. « Des gares déshumanisées », déplore une autre ASCT qui a bien voulu témoigner. La déshumanisation, c’est la cause même des problèmes de sûreté. « Les gares ferment, le personnel devient une denrée rare dans les gares et dans les trains. La direction continue de vendre les projets d’EAS et de fermeture de gares aux régions pour faire croire qu’elle fera des économies mais c’est faux ! L’argent gagné avec des projets sera perdu dans les effets pervers des conséquences de la déshumanisation »

Sur la région de Toulouse, la direction a mandaté des spécialistes en sociologie et des préventeurs, ayant une formation spécifique, qui effectuent des rondes de prévention à bord des TER. Leur rôle est aussi de dresser une cartographie des lignes à problèmes. Norman* s'exclame que les spécialistes, la direction en a 400: les ASCT ! Qui vivent les choses sur le terrain chaque jour. Et il continue : « La médiation c'est bien, mais ce n'est pas dans les trains qu'elle doit être faite. Le problème, c’est que les gens n'assument pas et sont totalement déresponsabilisés » Un constat partagé par sa collègue également interrogée, qui déplore que le budget communication de l'entreprise est « utilisé dans des inepties et des discours faux au lieu qu'il le soit dans de vraies campagnes de prévention et de lutte contre les agressions » Elle ajoute

Seul point positif notable, les incidents sûreté répétés sur les trains de la ligne Toulouse/Latour de Carol, dont le "Train du jaune" ont nettement diminué. Mais ironie du sort, la direction se retrouve attaquée en justice. Les mesures qu'elle a prises pour faire cesser les problèmes déplaisent à une entreprise locale qui bénéficiait de ce trafic de passagers passant en Andorre pour se ravitailler en alcool et cigarettes.

Aujourd'hui, à Toulouse comme ailleurs, il n'est plus possible de négliger le mal être qui s'installe chez les ASCT. Incertitudes sur l'avenir du métier. Dégradation des conditions de transport des usagers déclenchant des conflits. Incidents à gérer. Et évidemment, risque quasi permanent d'agression. De plus en plus de collègues vont travailler la peur au ventre... Norman * aspire à autre chose. "Le contrôle c'est une belle chose, un beau métier mais il n'est plus valorisant et ni valorisé. Il m'a appris à ne plus être timide et à avoir de l'assurance. Mais j'ai fait le tour du métier" Il nous affirme avoir peur de "casser la gueule à quelqu'un" et développer du psoriasis, qu'il assimile à du stress du au métier.

(A l'heure ou nous finissions de travailler sur cet article, nous apprenons qu'un ASCT a été agressé ce matin entre Toulouse et Carcassonne)

* Norman est un prénom d’emprunt ; toute coïncidence avec un ASCT portant réellement ce prénom serait fortuite.